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Communiqué de presse
« Nous aimons tous la mer, et cet amour est au cœur de sa défense. » —Cecilia Vicuña
« Minga pour la mer » est une importante nouvelle œuvre commandée à Cecilia Vicuña, artiste, poétesse et militante chilienne de renommée internationale, spécialement conçue pour Kunstnernes Hus. Il s’agit de sa première grande exposition en Scandinavie et dans les pays nordiques.
L’exposition rassemble des voix issues de territoires autochtones du Sud et du Nord, où les communautés sont en première ligne de la défense des milieux marins et côtiers contre l’extraction destructrice des ressources et la pollution. À travers ces perspectives ancrées, le projet met en lumière non seulement les luttes locales, mais aussi les liens profonds – souvent occultés – entre des territoires éloignés, façonnés par des paysages similaires, ainsi que les histoires entremêlées de colonisation et d’économies extractives.
Au cœur de l’exposition se trouvent deux grands quipus horizontaux, un dans chaque salle baignée de lumière naturelle de Kunstnernes Hus, confectionnés à partir de laine brute locale. Dans les Andes, la laine indigène est traditionnellement utilisée pour symboliser l’eau, lien et interdépendance de tous les écosystèmes. Le quipu (« nœud » en quechua) est un système de communication précolombien sophistiqué où le savoir était codé par des nœuds enroulés autour de cordes. Ce système, délibérément ciblé et en grande partie détruit par les colonisateurs européens, comportait également des traces de droits fonciers et de formes de gouvernement.
En invoquant cette tradition disparue, Vicuña réanime le quipu, à la fois comme technologie ancestrale et comme forme vivante et évolutive, évoquant les systèmes planétaires et l'interdépendance des éléments. Il est ici réinventé comme un médium collectif et transnational reliant les luttes à travers le monde pour une défense commune de la mer, source de toute vie.
Chaque quipu correspond à un territoire spécifique : l'un à l'hémisphère sud (Chili), l'autre à l'hémisphère nord (Sápmi). Des « lettres » y sont intégrées – poèmes, dessins, objets artisanaux, matériaux de récupération, vidéos, etc. – constituant ainsi une archive polyphonique de résistance culturelle. Dans le quipu dédié au Sud, des éléments ont été confectionnés par des membres d'une alliance de femmes autochtones œuvrant pour la protection des territoires côtiers (Red de Mujeres Originarias por la Defensa del Mar) au Chili. Pour le quipu dédié à Sápmi, Vicuña a invité des militants opposés au déversement de déchets miniers de cuivre dans le Riehpovuotna/Repparfjord – un fjord d'une importance écologique vitale pour le saumon sauvage – à y apporter leur témoignage.
Les deux installations se déploient différemment dans l'espace, évoquant chacune des formes de vagues et l'écume de la mer. Dans une salle, le quipu du Sud est suspendu au plafond ; dans l'autre, celui du Nord s'étend horizontalement à travers la pièce, serpentant comme une rivière – expression de la profonde interdépendance entre la terre, l'eau et la vie dans la cosmologie sami. Ces articulations spatiales reflètent des relations distinctes au paysage tout en révélant des résonances entre elles : courants océaniques, routes migratoires et cycles écologiques qui transcendent les frontières nationales.
Bien que géographiquement éloignées, ces régions partagent des paysages de fjords et des conditions climatiques similaires. Ces réalités sont également intimement liées par des systèmes d'extraction mondiaux. Le saumon d'élevage norvégien, par exemple, est nourri avec des granulés composés en partie de petits poissons pêchés au large des côtes chiliennes, tandis que les entreprises salmonicoles norvégiennes opèrent depuis longtemps au Chili. Matières premières, capitaux et conséquences environnementales circulent ainsi entre les hémisphères, reliant les fjords du Nord aux littoraux du Sud. L'exposition aborde les paysages comme interconnectés et sujets à la destruction par l'extraction, soulignant comment les communautés autochtones élaborent des cosmologies alternatives fondées sur la réciprocité, la gestion responsable et la relationnalité – des cadres dans lesquels les humains ne sont qu'une composante d'écosystèmes plus vastes.
Le terme « Minga » du titre provient du quechua et signifie travail collectif entrepris pour le bien commun. Ce principe sous-
Un point de départ essentiel de ce projet est une loi chilienne communément appelée « Ley Lafkenche », texte fondateur protégeant les droits maritimes des peuples autochtones et aujourd’hui menacé. À travers l’exposition, les cosmologies autochtones, du sud au nord, apparaissent non comme des visions du monde distinctes, mais comme des modes de connaissance interconnectés qui remettent en question les paradigmes actuels et affirment les liens vivants entre la mer, la terre et la communauté – nous rappelant que les éléments terrestres ne sont pas illimités, mais finis et vulnérables à une perte irréversible.
Avec Minga for the Sea, Vicuña nous invite à observer avec amour, à écouter et à apprendre – de la mer, les uns des autres et des savoirs ancestraux qui persistent malgré l'effacement.
À propos de l'artiste
Cecilia Vicuña (née en 1948 au Chili) a développé, pendant plus de cinq décennies, une pratique artistique qui navigue avec fluidité entre poésie, arts visuels, cinéma et militantisme. Vivant en exil depuis les années 1970, elle n'a cessé d'aborder les intersections entre destruction écologique, effacement culturel et droits civiques. Pionnière de ce qu'elle a nommé l'Arte Precario – œuvres éphémères créées à partir de matériaux fragiles et de récupération –, Vicuña a exposé à l'international, notamment lors d'importantes expositions personnelles au musée Guggenheim et dans le Turbine Hall de la Tate Modern. Sa rétrospective « Soñar el agua » a récemment été présentée au Musée national des beaux-
Cecilia Vicuña, Beach Ritual, Coast of Athens, documenta 14, 2017. Photo: Christian Chierego. Courtesy of Cecilia Vicuña. © Cecilia Vicuña.
Exposition du 29 mai au 09 août 2026. Kunstnernes Hus, Wergelandsveien 17 -
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