Archives 1er semestre 2014

Ali Kazma, Prison

Galerie Analix Forever, Genève  (Suisse)

28.01 - 21.02.2014


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Communiqué de presse Galerie Analix Forever


L’exposition Prison de Ali Kazma trouve sa place dans l’une des préoccupations importantes de la galerie Analix Forever, à savoir l’enfermement, au sens large du terme, du corps comme prison à la prison elle-même.















Ali Kazma, Prison, Galerie Analix Forever, Genève

© ArtCatalyse International / Marika Prévosto 2014. Tous droits réservés

Exposition du 28 janvier au 21 février 2014. Galerie Analix Forever, 2 rue de Hesse - 1204 Genève  (Suisse). Tél.: +41 22 329 1709. Ouverture du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.





La vidéo Prison, oeuvre unique présentée dans cette exposition éponyme, a été présentée pour la première fois à la Biennale de Venise l’été dernier, sous le thème global choisi par Ali Kazam et le commissaire du Pavillon turc Emre Baykal, à savoir, Résistance. C’est aussi la première fois que l’une des vidéos de « Résistance » est montrée au public hors Biennale.


« Résistance » est un « work in progress » d’une vingtaine de vidéos sur le thème du corps, desquelles treize ont été montrées dans le Pavillon turc à Venise. La résistance est comprise par l’artiste comme celle du corps comme ultime bastion de la préservation de l’individualité, de la lutte contre le pouvoir et contre l’uniformisation, fût-ce au prix de l’appartenance à des sous-groupes sociaux aux pratiques particulières (tels les body-builders), de « marquages » corporels (tatouages ou scarifications) ou encore de certains rituels.


La vidéo Prison a été filmée en Turquie, à quelques deux cent kilomètres à l’est d’Istanbul, un jour de neige. Ali Kazma a décidé d’emblée de ne pas filmer de prisonniers, mais de montrer l’architecture carcérale et par cette approche, la contrainte que la prison impose au corps. L’artiste décrit la prison comme « un coquillage du corps », une structure complexe qui vise à limiter les mouvements du corps, la lumière et jusqu’à l’imagination : un modèle de toutes les autres formes de limitations du corps. Foucault dans Surveiller et punir, Naissance de la prison, au chapitre Corps dociles, parle à cet égard d’ « anatomie politique », qui est aussi bien, selon lui, une mécanique du pouvoir : « une politique des coercitions qui sont un travail sur le corps, une manipulation calculée de ses éléments, de ses gestes, de ses comportements. Le corps humain entre dans une machinerie de pouvoir qui le fouille, le désarticule et le recompose. … La discipline fabrique ainsi des corps soumis et exercés, des corps dociles.


Pour Ali Kazma – comme pour Michel Foucault – la prison est avant tout un instrument de pouvoir, de pouvoir exercé sur le corps. Ce pouvoir, dans la vidéo de Ali Kazma, est signifié par l’absence même du corps. L’artiste a rencontré les personnels et certains détenus de cette prison, mais a choisi de ne pas les filmer, en accord avec la position générale de rigueur qu’il revendique : la volonté de l’artiste, ici, est de filmer la structure physique – qu’elle soit prison, école ou hôpital – à même de dominer et d’encapsuler quiconque y entre, et non pas seulement les détenus, les élèves ou les patients. Visuellement parlant, la neige qui tombe en rafales silencieuses sur ce lieu à la fois central à l’organisation sociale et ignoré du monde, voire oublié par lui, souligne le formidable pouvoir de la réquisition du corps et de sa détention par autrui, son isolement et, in fine, sa disparition.

© Ali Kazma, Prison (Resistance serie), 2013

© Ali Kazma, Prison (Resistance serie), 2013