Mondes inventés, mondes habités
Mudam Luxembourg -
Communiqué de presse
L’objet technique est indissociable de l’histoire humaine, mais la relation entre l'Homme et la technique reste complexe. Synonyme de progrès selon la conception occidentale, l’objet technique est à la fois désiré et suspect, suscitant tour à tour espérance, émerveillement et désillusion. L’exposition Mondes inventés, Mondes habités aborde la question de la technique transcendée par le génie artistique. Elle met en avant des créateurs, des « poètes techniques », qui, plutôt que de se limiter à l’aspect utilitaire, basent leur recherche sur la compréhension de l’existence et la beauté des machines. Ainsi, à travers les œuvres d’une vingtaine d’artistes de différentes générations et aux horizons divers, transparaissent la capacité d’invention et d’émerveillement, l’audace et la curiosité qui caractérisent l’aventure humaine, artistique et technique.
Dans le Grand Hall, le visiteur est tout d'abord invité à contempler au plus près
le spectacle du ballet mécanique de la machine à toronner de Conrad Shawcross. L’exposition
s'articule ensuite autour de quatre parties. Dans la première, elle s'attache à la
figure singulière de l’inventeur et à l’imaginaire qui nourrit ses recherches. Toute
une mythologie s’est en effet développée au fil des siècles autour de l’artiste-
Avec l’apparition de la science moderne et de la motorisation, le 19e siècle a laissé
une littérature riche en personnages démiurges, savants fous et autres risque-
De mêmes sentiments mélangés affleurent dans les photographies, en apparence surannées,
de Robert et Shana ParkeHarrison. Celles-
La relation entre l’individu et la nature est également présente chez Panamarenko
à travers notamment son Knikkebeen, véritable prothèse « bipédique » inspirée de
la marche des chameaux. Pour l’artiste, la machine peut -
Aussi fantaisiste mais résolument trivial, Paul Granjon fabrique des robots au comportement anthropologique. Il les a conçus sexués et leur procure une aire de jeu sous forme d’arène. Ils se croisent, se flairent, s’accouplent, se reposent... et jurent. À l’opposé, les diagrammes complexes et fascinants de Paul Laffoley revêtent un caractère quasi mystique, détaché de tout prosaïsme. Ses visions et conceptions d’un monde futur relèvent d’un mélange de philosophie, d’ésotérisme et de technologie.
La deuxième partie de l’exposition souligne la beauté de l’expérience ainsi que l’accomplissement
des formes qui découlent de l’observation et de la compréhension de phénomènes physiques
ou de forces naturelles. La prise en compte de phénomènes existants fait ainsi partie
intégrante du travail de Roman Signer. L’eau, la terre, le feu et l’air sont en quelque
sorte ses matériaux.« J’ai un rapport presque magique à la Nature. [...] La forme
finale de la sculpture émerge de son propre accord. C’est un aspect qui se retrouve
dans tous mes travaux. Je ne fais pas tout moi-
Dans ce même esprit de transcendance et de dépassement des contraintes physiques, l’œuvre The Frictionless Sled de Chris Burden permet d’expérimenter l’élimination de la force de friction à l’origine de la résistance au mouvement. Véritable ouvrage d’art, son Mexican Bridge est également la démonstration de la confiance en l’esprit ingénieux de l’homme et sa capacité à domestiquer la nature. Il reflète la fascination de l’artiste pour les défis, ceux qui consistent à franchir les obstacles, connecter les gens, démultiplier les possibilités de déplacement. Et puisque les comprendre permet de s’en affranchir, d’autres préfèrent se jouer des lois de la physique. À ce titre, les œuvres de Vincent Ganivet et Nancy Rubins constituent de véritables tours de force qui défient les règles de la statique. Composées de matériaux lourds et volumineux tels que des parpaings ou des pièces provenant de fuselages d’avions, elles s’élèvent et se déploient en hauteur. Faisant fi de la gravité mais répondant à des principes de construction élémentaires, elles tiennent en équilibre, stupéfiantes de légèreté.
Exposition du 8 octobre 2011 au 15 janvier 2012. Mudam Luxembourg, Musée d’art moderne
Grand-
Le troisième volet étend les limites de notre univers et la perception que nous pouvons en avoir. Les artistes s’y approprient cette part de rêve intrinsèque à la découverte et à l’exploration de mondes mais aussi à la compréhension du vivant que les avancées scientifiques et technologiques ont rendu possibles en les rendant visibles.
La profondeur infinie du cosmos, le scintillement des étoiles transparaissent délicatement dans les subtiles gravures hyperréalistes de Vija Celmins. Parfois, ces paysages étincelants côtoient un dessin perspectiviste du maître italien du Quattrocento Paolo Uccello, dont la maîtrise technique est tellement surprenante qu’elle n’a rien à envier aux outils numériques actuels. Trous noirs, constellations cosmiques, planètes lointaines forment également l’essence des sculptures de Björn Dahlem. Fasciné par les dernières avancées de l’astrophysique, il en propose des modélisations originales empreintes d’une poésie surréaliste. Ses sculptures mystérieuses composent un paysage onirique qu’il nous invite à parcourir.
L’application et la spatialisation de théories scientifiques sont précisément à l’origine
des recherches de Conrad Shawcross dont la pièce lumineuse Slow Arc in a Cube IV
joue, de manière presque hypnotique, avec les plans bi-
Centrés sur la question du vivant, les travaux de David Altmejd et Theo Jansen s’intéressent
aux propriétés de transformation et de régénération de la matière. Dans l’œuvre du
premier, intitulée The Vessel (« Le Vaisseau »), la transparence joue un rôle majeur.
Elle nous permet de pénétrer au cœur d’un monde vitalisé, composé d’un enchevêtrement
de formes organiques en mutation. Le film de Theo Jansen présente quant à lui les
recherches d’un démiurge qui, depuis plus de vingt ans, s’ingénie avec succès à donner
vie à ses créatures sommairement composées de tuyaux en plastique. Désormais dotées
d’un fonctionnement presque autonome, celles-
La quatrième et dernière partie de l’exposition se penche sur les représentations
artistiques d’univers organisés par l’activité humaine. Toutes les recherches de
Miguel Palma sont sous-
Distanciée, l’approche d'Isa Melsheimer l’est également lorsqu’elle se penche sur un contexte donné. Son intervention fait ici directement écho à la configuration du lieu. Son projet s’immisce dans un espace préexistant, le grand escalier en colimaçon, véritable morceau de bravoure dans l’architecture du Mudam signée Ieoh Ming Pei. Intriguée par le caractère impérieux du geste architectural, elle en déplace subtilement les contours et les limites, le transforme en profondeur et lui confère une charge poétique nouvelle.
L’activité humaine perce à travers le fourmillement des connexions, le maillage des réseaux qui animent les dessins labyrinthiques de León Ferrari. La fascination éprouvée devant la complexité des développements urbains fait cependant rapidement place à un sentiment de méfiance face à des modèles laissant peu de liberté à l’individu. Avant tout, ses entrelacs graphiques laissent poindre la beauté et la fragilité de l’existence.
Cette tension se retrouve chez Bodys Isek Kingelez qui nous projette dans des villes africaines futuristes et utopiques et dont les propos peuvent conclure l’exposition : « Les plaisirs de ce monde terrestre dépendent des hommes qui l’habitent. Ils ont l’obligation de mettre tous leurs talents à le façonner et refaçonner de manière à le rendre plus merveilleux que jamais. »
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Archives expositions internationales 2011