Traduction du communiqué de presse E-Flux
S’appuyant sur sa présentation réussie en France au Parc Saint-Léger et à la John
Hansard Gallery en 2011, l’exposition collective Manufacture s’est déplacée au centre
d’art Pasquart de Biel en Suisse. Sur invitation de son nouveau directeur, Lunn Felicity,
les commissaires Zoë Gray et Sandra Patron ont élargi les limites de ces premières
expositions dans une version plus ambitieuse. Rassemblant les oeuvres d’artistes
de la sphère internationale ainsi que les pièces récentes d’artistes suisses émergents,
l’exposition explore le statut actuel de la production dans la pratique artistique.
Dans notre ère post-industrielle européenne, nous sommes de plus en plus éloignés
de la production des biens que nous consommons. Notre utilisation de moyens semble
liée à un changement dans notre relation au monde matériel, provoquant une attitude
plus passive envers les objets dont nous nous entourons. Quand ils tombent en panne,
nous nous retrouvons incapables de les réparer car dans l’incapacité de (ou ne voulant
pas) savoir comment ils fonctionnent. Dans les dernières années est apparu un regain
d’intérêt pour l’autonomie et l’artisanat. Dans ce nouveau contexte qui trouve une
résonance particulière dans un contexte de « crise », les artistes font émerger de
nouvelles pratiques reformulant notre relation au travail et à la production.
Cette évolution des relations entre l’art et la production matérielle trouve un écho
dans l’histoire de l’art du 20e siècle. La dématérialisation de l’objet d’art - à
l’initiative de Marcel Duchamp et analysée par l’historienne d’art Lucy Lippard en
1968 - a conduit à un art où l’idée était devenue prééminente, tout en prenant en
compte la réalisation matérielle de l’oeuvre, avec une délégation croissante à des
tiers. Tout en libérant les artistes de l’effort physique nécessaire pour la réalisation
personnelle de leur oeuvre et en étendant le champ de l’expérimentation, il n’a pas
gommé leur désir de produire des oeuvres physiques, ni leur curiosité d’utiliser
des matériaux pour tester et exprimer leur démarche.
L’exposition Manufacture explore ce que « produire » signifie aujourd’hui pour les
artistes, non seulement en rapport avec l’histoire de l’art mais aussi en regard
des transformations sociales de notre société de consommation globalisée. Héritiers
de l’art conceptuel autant que de notre patrimoine industriel, certains artistes
n’hésitent pas dans cette exposition à se lancer dans l’artisanat, la récupération
de matériaux, le bricolage, en usant d’un bagage de formes, de gestes et de techniques,
tout en évitant l’instrumentalisation de la perfection technique. D’autres explorent
les possibilités offertes par l’inconnu, l’échec, le hasard et l’accident. Ce qui
les inspire tous dans leur processus de création - parfois spontané, parfois laborieux
- est la question de la pratique et comment celle-ci nourrit une forme d’émancipation.
Dans ce va-et-vient entre pratiques artisanales et industrielles, entre matériaux
traditionnels et contemporains, entre forme et pensée, les artistes invités à Manufacture
développent une démarche commune issue de l’expérimentation et de l’empirisme.
Au premier plan: Dewar & Gicquel, Mixed Ceramics (No.6), 2011.
Au centre: Michael
Beutler, La Cacahuète (workbenches), 2011.
Arrière-plan: Emmanuelle Lainé, Effet
Cocktail, 2010.
Courtoisie des artistes et John Hansard Gallery, Southampton.
Les artistes : Michael Beutler, Vanessa Bill, Dewar & Gicquel, Ida Ekbblad, Vincent
Ganivet, Dunja Herzog, Hedwig Houben, Brian Jungen, Emmanuelle Lainé, Charles Mason,
Vik Muniz, Killian Rüthemann, Zin Taylor.
Commissaires de l'exposition: Zoë Gray et Sandra Patron
Exposition du 5 février au 18 mars 2012. CentrePasquArt, Centre d’art, Seevorstadt
71-73 - 2502 Biel (Suisse). Tél.: +41 32 322 55 86. Ouverture du mercredi au vendredi
de 14h à 18h, samedi et dimanche de 11h à 18h.