Ivana Adaime Makac, Le banquet
CACLB (Belgique). 06.08 -
Bureau des anciennes forges (site bas de Montauban-
Du 6 août au 4 septembre 2011
Accessible du mardi au dimanche de 14 h 30 à 18 h et sur rendez-
Faisant suite aux étonnants spécimens de « Papillonnages » présentés en 2010, le bureau des forges accueillera, en août de nouveaux occupants du règne animal : des orthoptères ou criquets pèlerins. Dans le sifflement strident des insectes qui foisonnent chaque été sur le site de Montauban, Ivana Adaime Makac convie ces criquets à un surprenant banquet constitué de sculptures évolutives...
Entretien avec Brigitte Pétré
Comment qualifiez-
Le Banquet est un projet se situant à la lisière de différents médiums : performance,
installation, sculpture. Souvent je le définis comme une installation évolutive à
entretenir. Il est axé sur la présence : celle des criquets dans des vivariums, la
mienne et, bien entendu, celle des spectateurs-
Vos criquets viennent d’animalerie, est-
Oui, je les extrais de ce circuit où ils sont élevés comme nourriture vivante pour animaux de compagnie (reptiles, amphibiens, arachnides). Ensuite j’inverse cette situation en en faisant les hôtes de banquets « somptueux » composés de fruits, de fleurs, de légumes et autres aliments putrescibles qu’ils peuvent ravager à volonté.
Le criquet pèlerin est pris dans un paradoxe contextuel qui m’a amenée à m’intéresser
à lui. En Afrique subsaharienne il est chassé car il cause des ravages aux cultures.
En Europe, il est élevé pour servir de nourriture vivante… et pourtant il est toujours
porteur d’une connotation d’animal « nuisible » dans notre imaginaire. Il vit dans
une situation de captivité inextricable, car le lâcher « dans la nature » pourrait
entraîner des répercussions inconnues et peut-
considérés comme une sorte de pèlerinage.
Pourquoi intervenir dans le processus ?
Sinon les sculptures vont se recouvrir de moisissures et les criquets, privés de nourriture, risquent alors de périr. Intervenir dans un processus est aussi une façon de rompre avec une évolution linéaire, de générer différentes temporalités ou narrations. Par ces interventions, je veux aussi mettre en avant la complexité de nos comportements envers d’autres êtres vivants. L’humain se croit capable d’intervenir sur tout; d’autres animaux le font aussi mais à une autre échelle et d’une manière moins drastique. Dans le désir, voire l’obsession, que l’homme a d’agir sur le cours des choses il y a quelque chose d’ambivalent : d’une part cela exprime une attitude curieuse, d’autre
part cela démontre un comportement anthropocentrique, qui agit seulement dans le sens des intérêts de sa propre espèce.
L’art dans la nature, c’est ?
Une question difficile. J’ai du mal à croire qu’il existe une division entre nature et culture. Nous faisons intrinsèquement partie de la nature. Les éthologistes ont démontré que des animaux vertébrés ont, eux aussi, une culture, des outils, des façons de faire qui sont transmises de génération en génération. Dans ma démarche artistique, j’observe et je compose avec les mondes d’autres êtres vivants, ainsi qu’avec les relations que nous entretenons avec eux ; pour ensuite tenter de les matérialiser dans mes pièces.
Exposition du 2 juillet au 16 octobre (voir dates selon les pages). Centre d’art
contemporain du Luxembourg Belge, Site de Montauban-
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