1 PARCOURS, 30 ARTISTES, DES SITES D'EXCEPTION...
A Nantes et Saint-Nazaire, et sur les 60 km de l'estuaire de la Loire qui relie ces deux villes, "Estuaire" invite à un fascinant voyage au coeur de l'art, un parcours artistique singulier à découvrir en bateau, à pied ou à vélo.
De Nantes à Saint-Nazaire, la Loire s'élargit en un vaste estuaire et s'en va rencontrer l'océan: territoire étonnant fait d'une nature sauvage et mystérieuse, d'un patrimoine industriel et portuaire remarquable, d'un fleuve à reconquérir sans cesse. C'est cette richesse qui a été confiée à des artistes. Grâce à leur talent, ils révèlent ce territoire en créant des oeuvres contemporaines d'ampleur exceptionnelle, ludiques, et étonnantes! 
Toutes les oeuvres sont accessibles librement par voie terrestre (à pied, à vélo, parking à proximité des sites) et une croisière fluviale offre une manière particulière de les découvrir et de parcourir ce territoire (tarif entre 6 et 11 euros).

La lettre de Jean Blaise, directeur du Lieu Unique (Nantes), initiateur du projet
"Au fil des ans, la métropole Nantes - Saint-Nazaire se constitue avec l'ambition de devenir à l'échelle européenne le pôle économique et culturel du Grand Ouest de la France. L'estuaire de la Loire constitue le lien physique et symbolique entre ces deux villes qui partagent l'histoire d'un port et de ses chantiers navals. Entre des bâtiments industriels gigantesques et des réserves naturelles fragiles, viendront s'immiscer sur ce territoire des installations d'artistes pérennes et éphémères, créées in situ, visibles par l'eau et par les rives.
Le parcours commence au choix par l'une des deux rives, prenant en compte aussi les lieux voués à l'art: le Grand Café à Saint-Nazaire, le Fonds régional d'art contemporain, le musée des Beaux-arts de Nantes, le Lieu Unique, la Galerie des machines, ou à l'histoire: le château des Ducs de Bretagne, Escal'Atlantic.
Au total, c'est une trentaine d'installations de très grande dimension d'artistes depuis longtemps reconnus ou dont l'oeuvre est naissant, étrangers, français ou nantais, mais qui ont tous déjà travaillé dans le monde entier. Ils ont été choisis pour leur capacité à jouer avec l'espace public et les dimensions de l'estuaire, long de 60 km et large vers son embouchure de près de 3 km.
Cette entreprise est portée par l'équipe du Lieu Unique à Nantes, que je dirige depuis sa création. C'est une aventure extraordinaire et émouvante à laquelle nous vous proposons de participer."

Jean Blaise

Les artistes invités :

Atelier Van Lieshout / David Bartex / Daniel Buren & Patrick Bouchain , Los Carpinteros / Concept Plastique  / Jean-Luc Courcoult / Minerva Cuevas / François Delarozière - Pierre Orefice / Marie-Pierre Duquoc / Gilles Ebersolt / Franck Gérard / Jeppe Hein / Florentijn Hofman / Fabrice Hyber / Anish Kapoor / Tadashi Kawamata / Edwin Van der Helde / Thomas Lanfranchi / Thomas McIntosch / La Valise / Ange Leccia / Bevis Martin & Charlie Youle / Kinya Maruyama / Tatzu Nishi / Honoré d'O / Denis Oudendjik / Yan Pei Ming / Julius Popp / Martin Ruiz de Azua / Alain Séchas / Pierrick Sorrin / Morgane Tschiember / Kevin Van Braak / Felice Varini / Dre Wapenaar / Erwin Wurm / YKFD

Certaines oeuvres citées ont fortement souffert d'une tempête, ne sont pas visibles actuellement et ne le seront  plus:


Jean-Luc Courcoult, La maison dans la Loire. A côté, la véritable maison de Lavau-sur-Loire utilisée comme modèle par l'artiste pour son installation flottante.
Florentjijn Hofman, Canard de bain

 

 

À la pointe de l’Île de Nantes, Daniel Buren a découvert la double perspective qui s’offre naturellement au promeneur.
Celle, architecturale, dessinée par le quai, file droit le long des entrepôts. Mais celle qui attire le regard est la perspective “naturelle”, la Loire qui, à cet endroit, s’ouvre largement sur l’estuaire. Avec son complice l’architecte Patrick Bouchain, l’artiste propose de rythmer le quai d’une série d’anneaux qui, posés légèrement en biais, offrent un découpage du ciel et de la terre, un point de vue focalisé sur la perspective naturelle. Le paysage se révèle dans ces cercles épurés. Ainsi, l’œuvre se découvre dans le parcours, jalonné de 18 anneaux dont les tranches extérieures composeront une série de bandes verticales argent, noires et colorées, signature de l’artiste. La nuit, les anneaux s’auréoleront de halos lumineux rouges, verts, bleus, modifiant à nouveau la perception de l’espace.

Daniel Buren/Patrick Bouchain, Les anneaux, Ile de Nantes, quai des Antilles. Installation pérenne

 

Invité à Nantes, Ange Leccia s’est souvenu d’une figure emblématique de la ville : Jacques Demy. À l’instar du cinéaste, il réalise une œuvre pérenne dont la seule vision procure un sentiment d’évasion vers le merveilleux, le fantasmagorique.
Un halo de lumière, dans un spectre chromatique contraire aux lumières urbaines et proche des couleurs de l’estuaire, va vivre, se déployer, résonner de mille reflets au départ du tunnel Saint-Félix.

Ange Leccia, Nantes, sortie du tunnel Saint-Félix. Installation pérenne

A Nantes

Svayambh, Installation d'Anisk Kapoor
au Musée des beaux-arts



Svayambh,  d'Anish Kapoor au musée des Beaux-Arts de Nantes

L’artiste anglais Anish Kapoor réalise une installation monumentale conçue spécialement pour le Musée des Beaux-Arts. Cette œuvre inédite est composée d’un gigantesque bloc mobile de cire rouge traversant lentement le musée, depuis le hall d’entrée jusqu’au fond du patio, sur des rails. Cette lourde cargaison, se déplace très lentement entre les arches trop étroites du patio, s’écorche, en laissant de dramatiques lambeaux de cires rouges sur les piliers. Il s’agit d’une allégorie de la mémoire et de l’histoire, deux thèmes au coeur même de la fonction du musée.

Sur l'Estuaire

A Lavau-sur-Loire, Tadashi Kawamata a imaginé un petit chemin en bois, légèrement surélevé, qui s’enfonce dans les marais et semble flotter dans la nature. Petit à petit, le chemin s’élève au milieu des roselières et arrive sur une vaste plateforme : une tour de 6 mètres de haut, véritable observatoire, se dresse au-dessus du marais.

Du cheminement à l’aboutissement, une identité nouvelle, un point de vue inédit sur le territoire sont offerts à chacun. Comme habituellement, Kawamata a initié un travail avec la population du village ainsi qu’avec des étudiants (architecture, beaux-arts, école supérieure du bois) venant de France, du Japon et d’ailleurs, créant ainsi un melting-pot indispensable à son processus de création.


Passerelle de Tadashi Kawamata
Installation pérenne, poursuite d'aménagement prévue jusqu'en 2009

 

C’est en découvrant le site qu’Erwin Wurm, attiré par l’entrée du canal et les bateaux à proximité de l’écluse, a choisi de poursuivre pour Estuaire son travail, entamé depuis deux ans, de détournement de différents moyens de locomotion.
Erwin Wurm a été très imprégné, dès ses années d’études à la Kunstakademie de Vienne, par les démarches des artistes Fluxus. Son travail conserve cette inspiration majeure qui invite à chercher l’art dans le mouvement même de la vie et dans les conditions de l’existence singulière.

L’œuvre d’Erwin Wurn, empreinte d’humour, fait basculer des moments ordinaires dans un univers absurde, comme en témoignent par exemple ses célèbres “One minute sculptures” réappropriables par chacun : avec une balle de tennis, une chaise, un seau comme accessoires, le volontaire est invité à respecter un protocole gestuel précis et à tenir la pose pendant une minute.



Erwin Wurm, Misconceivable
Installation devenue pérenne

Installations temporaires sur la Loire

Fabrice Hyber à Cordemais

L’ensemble de l’œuvre de Fabrice Hyber est conçu sous la forme d’un gigantesque rhizome qui se développe sur un principe d’échos. Depuis ses débuts, il croise dans son travail toutes les techniques auxquelles un artiste peut aujourd’hui faire appel : peinture, sculpture, dessin, installation, performance, vidéo, photographie… En procédant par accumulations, hybridations, mutations, l’artiste opère de constants glissements entre des domaines extrêmement divers. Toute l’œuvre de Fabrice Hyber peut être regardée comme une entreprise mettant en réseau des idées et des individus, des savoirs et des savoir-faire dont le dénominateur commun est un humanisme comme potentiel humain de transformation.


Fabrice Hyber, Sans titre

Alain Séchas à Saint-Jean-de-Boiseau

L'artiste s’empare de l’Histoire et du site de l’Île Bikini en détournant en fontaine les trois mâts émergés de L’Antarktis. Cette fontaine est bien singulière, évoquant à la fois la scène du Christ et des deux larrons et la noyade des marins…
Comme un calvaire de bord de route métamorphosé en chats crachant de l’eau. Il n’a pas échappé à l’artiste que ce site a une histoire bien particulière : à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avant de quitter la région nantaise, les Allemands avaient barré l’accès au port de Nantes en coulant des navires, en amont du Pellerin. Ce barrage fut détruit en 1946 et il n’en subsiste que les mâts métalliques de ce petit caboteur pétrolier, L’Antarktis. Photo ci-contre.
 

 

Julius Popp à Trentemoult 

Bit.Fall est un écran liquide où chaque goutte d’eau devient pixel. L’assemblage et la cadence de chute des gouttes d’eau permettent de former des lettres, des mots qui défilent comme un générique sans fin. Fragiles et éphémères, ces signes deviennent autant de messages et slogans aléatoires qui s’effacent les uns après les autres. Ces mots prélevés en temps réel dans la toile mondiale surgissent et se dissolvent en bord de Loire, à la frontière entre visible et invisible, entre monde réel et navigation en ligne.

Julius Popp, Bit.Fall

 



Alain Séchas, Capitaine Cat

Port de Saint-Nazaire

Felice Varini, Suite de triangles, installation pérenne

À partir d’un point de vue situé sur le toit de la terrasse panoramique de la base sous-marine, Felice Varini matérialise une “ligne horizontale” qui embrasse le paysage du port de Saint-Nazaire. Telle une partition les formes disposées successivement sur le haut et le bas de cette ligne scandent le paysage en différentes séquences. L’artiste révèle une forme peinte sur un seul plan, forme qui se détache et se superpose à l’architecture à laquelle elle semble appartenir. Quitter le point de vue de la terrasse revient ici à faire l’expérience de la troisième dimension et à assister à l’éclatement de la figure. Le port de Saint-Nazaire constitue un terrain d’intervention inédit du fait de la nature du site. La proposition de Felice Varini d’une forme peinte, mais segmentée, amplifie la difficulté, voire l’impossibilité qu’il y a à embrasser visuellement, en un seul regard, l’ensemble du paysage. La complexité d’un site industriel toujours en activité, qui fluctue sans cesse (constructions et départs de bateaux…), ajoute une dimension nouvelle que l’artiste a été amené à prendre en compte.

 

Les vues de l'installation Suite de triangles dans le port de Saint-Nazaire

Felice Varini, Suite de triangles
Le motif reconstitué depuis le point de vue - presque - idéal ! Photos Marika Prévosto  

Sans oublier, toujours d'actualité : 

A la nuit tombante, le port de Saint-Nazaire s'illumine de tous ses feux pour offrir une chorégraphie d'ombres, de lumières et de couleurs imaginée par Yann Kersalé. Ce spectacle permanent réinvente le paysage portuaire en lui restituant sa magie. Après le crépuscule, le port, balisé de rouge et vert brille de tous ses feux : ponts, base sous-marine, silos, grues... Mouvement des écluses, des navires et des ponts, ballet des grues et des camions autour des bateaux, allées et venues des hommes sur le port... la Nuit des docks est orchestrée par la vie des quais et des bassins. Toute une palette d'activités enregistrées et analysées le jour permet de composer différents tableaux lumineux restitués au cours de la nuit, au fil des saisons. La nuit des docks s’évanouit avec le retour de l’aube.

Yann Kersalé, La Nuit des Docks. Photo : Eric Milteau

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